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La gourmandise et l'oeuvre de Roald DahlLa gourmandise et l'oeuvre de Roald DahlLa gourmandise et l'oeuvre de Roald Dahl

Troisième partie : images de la gourmandise chez Quentin Blake

Lorsque l'on traite de l'oeuvre de Roald Dahl, ne pas citer Quentin Blake serait une grossière erreur, tant le travail de l'illustrateur et celui de l'auteur se complètent143. En effet, ces deux compatriotes et amis ont travaillé ensemble sur de nombreux romans et Blake a même continué à illustrer les livres de Dahl après sa mort.

Aujourd'hui, son oeuvre comptabilise environ trois cents livres. Il est désormais devenu une référence incontournable du livre de jeunesse. Pour expliquer la pratique si particulière et presque inimitable de cet illustrateur, il faut faire appel à quelques éléments autobiographiques. Né en 1932 dans le Kent, Quentin Blake est dès son plus jeune âge passionné par l'illustration et admire déjà le caricaturiste Honoré Daumier. À seize ans, il publie ses premiers dessins dans le magazine humoristique « Punch Â», il illustre un peu plus tard le magazine littéraire « The Spectator Â». Il travaillera ensuite pour la presse jusqu'en 1988. Sa formation n'était pourtant pas celle d'un artiste, il étudie la littérature anglaise à l'Université de Cambridge puis obtient son diplôme d'enseignant à l'Université de Londres. Enfin, essentiellement autodidacte, il décide cependant de parfaire sa technique de dessin d'après nature à l'école d'Art de Chelsea où il prend des cours du soir. Il devient professeur au Royal College of Art en 1978 et dirigea pendant longtemps le département illustration de cette institution.

C'est en 1960 que Quentin Blake illustre pour la première fois un livre pour enfants, A drink of water, écrit par un ami, John Yeoman. Dans ce livre, il garde bien sûr toute sa verve et emploie tout son talent de caricaturiste. En 1989, alors que la littérature de jeunesse était tout juste tolérée, Blake fut décoré par la reine d'Angleterre de la médaille d'Officier de l'Ordre de l'Empire Britannique pour l'ensemble de son oeuvre. Il y a maintenant des milliers d'enfants qui reconnaissent au premier coup d'oeil le trait de cet artiste. Il n'est pas étonnant qu'il soit devenu en 1999 le premier « Children's Laureat Â» c'est-à-dire le premier ambassadeur pour aider la diffusion du livre pour enfant. Il a également reçu pour ses illustrations le Prix Andersen 2002, considéré comme le « Prix Nobel Â» du livre de jeunesse. En 2004, il a été nommé « Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres Â» par le gouvernement français.

Par sa renommée, Quentin Blake démontre aujourd'hui l'importance indéniable de l'illustration dans la littérature de jeunesse. À partir de cette constatation, nous pouvons alors nous interroger sur la relation entre le texte et les images dans les ouvrages destinés aux enfants. Les théories de Ferdinand de Saussure nous aident à répondre à cette interrogation. Ce dernier nous enseigne ainsi qu'un mot, le signifiant, amène la construction d'une image mentale. À la lecture d'un texte, chaque mot donne donc naissance à un signifié. C'est à partir de ce signifié que l'illustrateur peut travailler. Cependant, les avis divergent quant à l'importance de l'image face au texte.

D'après Lise Chapuis144, il existe trois conceptions de l'illustration. La première est effective depuis le XIX­? siècle, à savoir que l'image doit être subordonnée au texte. La seconde prend exactement le contre-pied de la première puisque des illustrateurs tels que Sara affirment que l'image doit suivre son propre chemin, sa propre interprétation. Enfin, Quentin Blake et Phillipe Dumas préconisent l'importance du texte qui est d'après eux primordiale. L'illustrateur doit ainsi être le metteur en scène du texte. Ainsi, Quentin Blake explique que même si l'illustrateur doit montrer plus que le texte, celui-ci demeure essentiel : « J'essaye de rester aussi proche que possible de l'intention de l'auteur – pour rester sur la même longueur d'onde. Le texte et non pas les images doit montrer la voie Â»145. Il ne doit pas copier le texte, mais bien le mimer. D'une part, le texte est le verbe et d'autre part le dessin correspond à toute la gestuelle que le texte ne peut pas pleinement montrer. L'illustrateur se doit de sublimer l'imagination grâce à ces dessins.

Quoi qu'il en soit, il est évident que si les illustrations de Quentin Blake disparaissaient, les livres de Roald Dahl perdraient beaucoup de leur saveur. En effet, les dessins n'ornent pas seulement le texte, ils le magnifient et lui apportent même bien d'autres significations. Le verbe « illustrer Â» prend alors tout son sens dans le mariage entre l'illustrateur Blake et l'auteur Dahl lorsqu'on sait que dans le Dictionnaire de la langue française, illustrer signifie : « rendre plus clair par des explications, mettre en lumière par des exemples Â». Quentin Blake est connu pour ses collaborations fructueuses avec de nombreux auteurs. Ses illustrations retirent incontestablement le meilleur de la substance et de l'essence d'un texte ; celles réalisées pour Roald Dahl ne dérogent pas à la règle. Ainsi, il utilise toutes les ressources et les techniques de l'illustration pour satisfaire à l'imagination débordante de Roald Dahl. Nous nous limiterons dans cette analyse aux illustrations les plus représentatives des livres de notre corpus et nous soulignerons surtout l'importance que la nourriture et la gourmandise prennent également dans les illustrations.

L'imagination ainsi que bien d'autres éléments réunissent les deux hommes et leur travail est à l'origine d'un réel « mariage d'âmes Â» particulièrement fertile. Quentin Blake met en valeur et souligne le merveilleux et le fantastique de Dahl tout en laissant une part importante à l'imagination. Celle-ci est alors relayée par une caractéristique commune aux deux hommes : leur humour grinçant et explosif toujours au côté des plus faibles.

Mais Blake, en illustrateur complet et vertueux, s'évertue aussi à renfoncer la signification des liens entre les personnages que Roald Dahl met en place dans ses livres. L'illustrateur devient alors un metteur en scène capable de nous faire ressentir cette alchimie née des relations complexes et mystérieuses entre les personnages auxquels il insuffle la vie à travers son trait. On se prend alors à rêver, comme si les rôles étaient réellement joués par des comédiens au théâtre.

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