L'homme, depuis ses origines, a toujours appréhendé son alimentation avec beaucoup de sérieux bien que l'histoire qu'il partage avec celle-ci soit parsemée d'embûches. On peut imaginer aisément quelles furent les difficultés rencontrées par l'homme dans cette lutte pour la survie et dans cette course à l'évolution où il faut arriver premier pour ne pas être condamné à disparaître. Effectivement, la sélection naturelle a toujours donné une avance aux espèces animales capables de se nourrir de façon variée, évitant ainsi une disette alimentaire. Dans l'histoire de l'homme, il a ainsi fallu apprendre à s'adapter à des changements de régime, et ceux-ci ont toujours bénéficié d'un grand allié : le goût ! Ainsi l'apprentissage fut long mais finalement la faculté de pouvoir reconnaître un aliment grâce à ce sens a permis une grande diversification de l'alimentation. Par conséquent, l'expérience aidant, l'homme parvient enfin au cours des siècles à trouver de quoi se nourrir sans s'empoisonner. D'ailleurs, Brillant-Savarin, auteur d'un essai intitulé La physiologie du goût, explique que le goût « nous invite, par le plaisir, à réparer les pertes continuelles que nous faisons par l'action de la vie » et aussi « nous aide à choisir, parmi les diverses substances que la nature nous présente, celles qui sont propres à nous servir d'aliments.7 » Et c'est grâce à cette faculté à reconnaître ce qui est bon pour lui et surtout ce qui lui fait plaisir que l'homme est devenu gourmand.
Cependant, la gourmandise, comportement qui pourrait alors sembler tout à fait naturel, a depuis l'Antiquité été condamnée par de nombreux penseurs. Elle a été le sujet et l'objet de nombreuses réflexions. En outre, son rôle et sa perception au cours des siècles ont toujours été discutés par les détracteurs et les défenseurs des plaisirs de la chère. Sur le gourmand pèse toujours une menace, voire une condamnation.
Cette dualité de la vision de la gourmandise a souvent conduit à la positionner comme un indicateur social et moral. D'une part, on établissait fréquemment des liens entre le comportement d'un individu avec la nourriture et son caractère. D'autre part, la nourriture semblerait contribuer fortement à la construction non seulement de l'identité individuelle mais aussi de l'identité collective.
Néanmoins, un groupe particulier déroge à cette règle. Les enfants semblent avoir un répit en ce qui concerne la gourmandise à la fois interdite et très convoitée. Pour eux, la gourmandise n'est plus une transgression mais une recherche du plaisir avant tout.